Huile sur toile
233 × 283 cm (91 × 111 in.)
Détruit par fait de guerre en 1915
Sources
Lettre de Jules Breton à Boniface Breton, Paris, 24 juillet 1850 :
« Je ne considère ce qui a été fait que comme une ébauche, et je suis en train de repeindre la toile d’après nature, ce qui me coûte pas mal de frais de modèles. »
Idem, 8 août 1850 :
« J’ai repris mon tableau avec ardeur et les changements que j’y ai apportés l’ont déjà beaucoup amélioré. »
Idem, 15 décembre 1850 :
« J’ai le cœur gros : mon tableau est mal placé : il est vrai qu’on lui a fait l’honneur du Salon carré, mais il est très haut, les expressions, les détails échappent à la vue. »
Idem, 1er, 24 et 31 janvier 1851.
Idem, Gand, 12 mai 1851 :
« Mon tableau La Faim fait beaucoup d’impression, surtout sur les artistes de sentiments. On en parle en ville et il ne se passe pas de jour qu’on ne vienne à l’atelier pour le voir. »
Idem, 19 juillet 1851 :
« Je vous adresse le journal Le Nouvelliste de Gand où se trouve un bel éloge de mon tableau La Faim et la traduction d’un article flamand également favorable […]. »
Sujet
La composition pyramidale de l’œuvre se développe de façon traditionnelle, avec un élan particulier dans les gestes des enfants : celui de la jeune fille de droite formant le lien entre le sommet occupé par le père rapportant le pain tant désiré et le cadavre de la mère, longue ligne horizontale statique en contraste. Le tableau a été conçu dans le même esprit humanitaire que Misère et Désespoir et a provoqué une polémique dans la presse française et belge. Si nous trouvons une certaine affinité dans la composition et le traitement avec L’Incendie d’Antigna, présenté au même Salon, les critiques de l’époque acceptent beaucoup plus facilement le « réalisme » modéré de celui-ci que la scène misérabiliste du peintre artésien, comme le précise Patrick Le Nouëne dans Exigences du Réalisme.
Ainsi, Delécluze, après avoir décrit l’horreur de la scène, se demande quelle destinée peut avoir ce type de peinture : « Un amateur riche ne sera pas d’humeur à en orner son salon, et cette idée de présenter La Faim sans les secours de l’aumône et de la religion lui interdit l’entrée des églises… » (!..). (Pils saura éviter cet écueil !) Par contre, Sabatier-Ungher regrette que La Faim soit placée trop haut et insiste sur le fait que : « S’il est lamentable que l’artiste ait représenté d’aussi horribles choses… le grand mal est que ces choses existent. Il faut bien que l’on nous les rappelle… »
Présenté à l’Exposition de Bruxelles en août 1851, en même temps que Les Casseurs de pierres de Courbet, l’esprit des deux œuvres a été rapproché à plusieurs reprises, entre autres par le chroniqueur du Messager des Chambres qui, après un long commentaire sur l’œuvre de Courbet, estime particulièrement le traitement de « l’autre tableau insurrectionnel » envoyé par J. Breton… Rapprochement qui tient davantage aux sujets consacrés au monde du travail qu’à la composition des œuvres elles-mêmes. Le réalisme du peintre d’Ornans s’exprimant davantage ici par un naturalisme objectif, voire même « clinique », en comparaison avec l’expression d’un drame exposé dans l’esprit de Quarante-Huit, non dénué d’un certain romantisme chez Breton.
Le tableau de La Faim ayant été détruit, il est difficile de porter un réel jugement sur l’œuvre. Il n’est pas inintéressant de noter toutefois que, présenté au milieu de nombreux peintres, à la suite de Misère et Désespoir, le nom de Breton fait une apparition assez marquante dans les revues de presse de l’époque, tant pour ses qualités picturales que pour un sujet nouveau, « dérangeant », voire inacceptable pour certains.
Provenance
Musée d’Arras, 1864 (don de J. Breton). Détruit par fait de guerre en 1915, au musée des beaux-arts d’Arras.
Expositions
1850, Paris, n°392 ; 1850, Gand ; 1851, Bruxelles, n°145.
Critiques du Salon de 1851
Bar, p. 51 ; Delécluze, Journal des débats politiques et littéraires, p. 1 ; Du Pays, p. 88 ; Henriet, p. 3 ; Mantz, p. 2 ; Rousseau, p. 1 ; Sabatier-Ungher, p. 59 ; Vignon, p. 97 ; L’Indépendance belge, p. 1 ; Le Messager des chambres, p. 1.
Critique de l’Exposition universelle de 1855
Du Pays, 1855, p. 270.
Bibliographie
Monographies et ouvrages collectifs
Arras (musée d’), 1880, no 15, p. 10, sous le titre erroné de Misère et Désespoir ; Montrosier, 1881-1884, p. 51 ; Bélina, 1883, p. 405 ; Chaumelin, 1887, p. 72 et 91 ; Vachon, 1899, p. 71 ; Marcel, 1905, p. 218 ; Doucet, 1906, p. 199 ; Arras (musée d’), 1907, no 34, p. 16, sous le titre erroné de Misère et Désespoir ; Bates and Guild Co., 1907, p. 26 ; Ferrier, 1910, p. 7 ; Tavernier, 1974, p. 147 ; Marchal et Wintrebert, 1987, p. 46-47 ; Ritzenthaler, 1987, p. 66 ; Cachin, 1990, p. 24 ; Gautier, 1992, p. 474; Bourrut Lacouture, 2002 (1), fig. 11, p. 69.
Catalogues d’exposition
1980-1982, Cleveland, New York, Saint Louis, Glasgow : Weisberg (dir.), p. 1 et 97, ill. 3.24 et Bezucha in ibid., p. 10 ; 1982-1983, Omaha, Memphis, Williamstown : Sturges (dir.), Sturges, « Jules Breton and the French Rural Tradition », p. 8, 13, Weisberg, « Jules Breton in Context », p. 37, fig. 10, p. 40, Fidell-Beaufort, « Jules Breton in America : Collecting in the 19th Century », p. 53p. 37 et 40, fig. 10 ; 1983-1984, Chartres : Sylvie Douce de La Salle (dir.), ill. p. 65, 116 et 149.
Périodiques
Clarens, 1888, p. 13 ; Monnecove, 1895, p. 34 ; Riordan, 1898, p. 26 ; Fidell-Beaufort, 1979, p. 56 ; Waller, 2008, p. 189.
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