Critiques des salons

La faim

La faim

Identifiant

P1850-1

Titre

La faim

Technique

Huile sur toile

Signature

Signé, daté en bas à droite, en caractères d’imprimerie sur la pierre, dans l’embrasement de la fenêtre JULES BRETON, 1850

Dimensions

233 x 283 cm. (91 x 111 in.)

Localisation

Détruit par fait de guerre en 1915

Sujet

La composition pyramidale de l’œuvre se développe de façon traditionnelle avec un élan particulier dans les gestes des enfants: celui de la jeune fille de droite formant le lien entre le sommet occupé par le père rapportant le pain tant désiré et le cadavre de la mère, longue ligne horizontale statique en contraste. Le tableau a été conçu dans le même esprit humanitaire que Misère et Désespoir et a provoqué une polémique dans la presse française et belge. Si nous trouvons une certaine affinité dans la composition et le traitement avec l’Incendie d’Antigna, présenté au même Salon, les critiques de l’époque acceptent beaucoup plus facilement le « réalisme » modéré de celui-ci que la scène misérabiliste du peintre artésien, comme le précise Patrick Le Nouène dans Exigences du Réalisme.

Ainsi Delécluze, après avoir décrit l’horreur de la scène se demande quelle destinée peut avoir ce type de peinture : « Un amateur riche ne sera pas d’humeur à en orner son salon et cette idée de présenter La faim sans les secours de l’aumône et de la religion lui interdit l’entrée des églises… » ( ! !..) (Pils saura éviter cet écueil !) ; Par contre Sabatier-Ungher regrette que La Faim soit placée trop haut et insiste sur le fait que : « s’il est lamentable que l’artiste ait représenté d’aussi horribles choses…le grand mal est que ces choses existent. Il faut bien que l’on nous les rappelle… »

Présenté à l’Exposition de Bruxelles en août 1851, en même temps que Les Casseurs de pierres de Courbet, l’esprit des deux œuvres a été rapproché à plusieurs reprises. Entre autres par le chroniqueur du Messager des Chambres qui, après un long commentaire sur l’œuvre de Courbet, estime particulièrement le traitement de « l’autre tableau insurrectionnel » envoyé par J. Breton…Rapprochement qui tient davantage aux sujets consacrés au monde du travail qu’à la composition des œuvres elles-mêmes. Le réalisme du peintre d’Ornans s’exprimant davantage ici par un naturalisme objectif, voire même « clinique », en comparaison avec l’expression d’un drame exposé dans l’esprit de quarante huit non dénué d’un certain romantisme chez Breton.

Le tableau de La faim ayant été détruit, il est difficile de porter un réel jugement sur l’œuvre. Il n’est pas inintéressant de noter toutefois que, présenté au milieu de nombreux peintres, à la suite de Misère et Désespoir, le nom de Breton fait une apparition assez marquante dans les revues de presse de l’époque, tant pour ses qualités picturales que pour un sujet nouveau, « dérangeant », voire inacceptable pour certains.

Source

Mentionné dans: Lettres de Jules Breton à Boniface Breton, Paris, 24 juillet 1850: « Je ne considère ce qui a été fait que comme une ébauche, et je suis en train de repeindre la toile d’après nature, ce qui me coute pas mal de frais de modèle.»

idem, 8 août,: « J’ai repris mon tableau avec ardeur et les changements que j’y ai apportés l’ont déjà beaucoup amélioré. » idem, 15 décembre 1850, 1er janvier 1851: « J’ai le coeur gros: mon tableau est mal placé: il est vrai qu’on lui a fait l’honneur du Salon carré, mais il est très haut, les expressions, les détails échappent à la vue. »

idem, 24 et 31 janvier 1851

idem, Gand, 12 mai 1851: « Mon tableau La faim fait beaucoup d’impression surtout sur les artistes de sentiments. On en parle en ville et il ne se passe pas de jour qu’on ne vienne à l’atelier pour le voir.»

idem, 19 juillet 1851: « Je vous adresse le journal Le nouvelliste de Gand où se trouve un bel éloge de mon tableau La Faim et la traduction d’un article flamand également favorable (…). »

Provenance

Musée d’Arras, 1864 (Don de J. Breton) 
Détruit par fait de guerre en 1915, au musée d’Arras

Expositions

Salon, Paris, 1850, n°392
Gand, mai 1851
Exposition générale des Beaux-Arts 1851, Bruxelles, 15 août-1er lundi d’octobre 1851, n°145

Bibliographie

de Bar, A., Revue des Beaux-Arts., 15 février 1851, p.51
Delécluze, E.J., Journal des Débats politiques et littéraires, 29 janvier 1851, p.1
Delécluze, E.J., Exposition des Artistes vivants 1850, Paris 1851, p.57 (même texte que dans le Journal des débats)
Du Pays, A.J., « Salon de 1851 », L’Illustration
, t. XVII, 1851, p.88
Henriet, F., Le Théâtre, Journal de la littérature et des arts, 1er Mars 1851, p.3
Mantz, P., « Le Salon de 1851 », L’Evénement, 12 février 1851, p.2
Sabatier-Ungher F., « Le Salon de 1851 », La Démocratie Pacifique, Paris, mars 1851, p.59
Vignon, Cl., Salon 1850-51, Paris, Dentu, 1851, p.97
XX, « Exposition nationale des beaux-Arts », L’indépendance Belge, n°240, 28 août 1851, p. 1
Rousseau,J.B., « Revue du Salon » Le Messager de Gand, n°244, 1er septembre 1851, p.1
N.s. « Exposition Générale des Beaux-Arts », Le Messager des Chambres, Bruxelles, 1ère année, n°140, 11 septembre 1851, p.1
Catalogue des tableaux, bas-reliefs et statues exposés dans les galeries du Musée d’Arras, Arras, 1880, n°15, p.10 sous le titre erroné de Misère et désespoir
Du Pays, A.J., ,« Exposition Universelle des beaux-Arts », L’illustration, t.XXVI, 20 octobre 1855, p.270

Hustin, A., « Jules Breton », L’Estafette, 1er novembre 1880, np
Montrosier, E., Les Artistes modernes, Paris, Launette, vol III, 1882, p.51
Chaumelin, M., E. Meissonier, J. Breton: portraits d’artistes, ParisC. Marpon et E. Flammarion, 1887, pp.72, 91
Belina, A.-M. de, Nos peintres dessinés par eux-mêmes, Paris, Bernard & cie, 1888, p.405
Clarens, J.P., « Jules Breton, peintre et poète », Revue Littéraire et artistique, VIe année, n°58, janvier 1888, p.13

Monnecove, F., « Dans les ateliers. M. Jules Breton », La Revue Septentrionale, 1er décembre 1895, p.34

Riordan, R., « Jules breton », The Art Amateur, Vol 39, n°2, Juillet 1898, p.26
Vachon, M., Jules Breton, Paris, A. Lahure, 1899, p.71 
Doucet, J., Les Peintres français, Paris, F. Juven, 1906, p.199
Marcel, H., La Peinture française au XIXème siècle, Paris, A. Picard & Kaan, 1906, p.218

N.s., « Jules-adolphe-Aimée-Louis Breton », Masters in art, 1907, p.26
Catalogue des tableaux, bas-reliefs et statues exposés dans les galeries du Musée d’Arras, Arras, 1907, n°34, p.16 sous le titre erroné de Misère et désespoir
Gabriel-Ferrier ,M., Notice sur la vie et les travaux de M. Jules Breton, lue au, cours de la séance du 12 décembre 1910de l’Académie des Beaux-Arts, Paris 1910, p.7
Tavernier, A. Histoire de Courrières, Liévin, Imp. Artésienne, 1974, p.147
Fidell-Beaufort, M., « Fire in a haystack by Jules Breton », Bulletin of the Detroit Institute of Art, vol.57, n°2, 1979, p.56
Weisberg, G.P., The Realist Tradition, French Painting and Drawing 1830-1900, Cleveland, The Cleveland Museum of Art in cooperation with Indiana University Press 1980, p.13, fig.24
Dir. Sturges, H., Jules Breton and the French Rural Tradition, Joslyn Art Museum, Omaha, Nebraska in association with The Arts Publisher, Inc., New York, 1982, pp.37, 40, fig.10

Bezucha, R., « Being Realistic about Realism, Art and the Social History of Nineteen century France », in Weisberg, G.P., The European Realist Tradition, Bloomington, Indiana University Press, 1982, p.10
Boime, A., « The second empire’s official Realism » in dir. Weisberg, G.P., The European Realist Tradition, Bloomington, Indiana University Press, 1982, p.97, fig.3.24
Dir. Douce de La Salle, S., Boime, A., Le Nouëne, P., Exigences de réalisme dans la peinture française entre 1830 et 1870, Musée des Beaux-Arts de Chartres, 5 novembre 1983-15 février 1984, pp.65 (reproduit) 116,149
Marchal, G.L., Wintrebert, P., Arras et l’art au XIXe siècle, Arras, 1987, pp.46-47

Ritzenthaler, C., L’école des Beaux-Arts du XIXe siècle. Les pompiers, Paris, Ed. Mayer, 1987, p.66
Drost, W. & Hennings, U., Théophile Gautier, Exposition de 1859, Heidelberg, Universitätsverlag, 1992, p.474
Dir. Cachin, F., L’art du XIXe siècle, 1850-1905, Paris, Citadelles, 1999, p.24

Date : 1850

Did you like this? Share it!