© JULES BRETON FAMILY ARCHIVES
La Lecture
Huile sur toile contrecollée sur panneau
100 × 80 cm (39½ × 31½ in.)
Localisation actuelle inconnue
Source
Lettre de Jules Breton à son oncle, Boniface, 13 mai 1865.
Sujet
La Lecture fait partie des rares tableaux d’intérieur peints par Jules Breton. On y retrouve pratiquement le même décor que dans L’Orage (1855) et Le Lundi (1858) : la cheminée, légèrement déplacée vers la droite, permet de faire ressortir, en tache claire sur l’espace sombre de l’âtre, le profil perdu de la jeune fille lisant, en contraste avec la silhouette du vieillard aux traits burinés, placée sur le fond nu et éclairé du mur de gauche.
En lien avec une étude pour ce tableau, on perçoit très clairement les aménagements réalisés dans la version finale. La silhouette vigoureuse et rustique de la jeune fille, penchée sur sa lecture et suivant les lignes du doigt, devient celle d’une liseuse sereine, au profil raffiné, pour qui cet exercice ne semble plus poser la moindre difficulté. Par ailleurs, la représentation du cousin « Zidore », vêtu d’une culotte et de souliers à boucle comme dans La Plantation d’un Calvaire, a sans doute inspiré au peintre l’introduction d’un fauteuil médaillon de style Louis XVI, aussi inattendu dans cet intérieur rustique que les pieds tournés de la lourde table semblent typiques !
Une iconographie symbolique s’invite aussi dans cette scène intime. La gerbe d’œillettes placée dans le creux de la cheminée, réservée à cet effet, rappelle celles que le vieux cousin Zidore offrait à Jules Breton pour tresser les « clochoirs », et que l’on retrouve évoquées dans La Vie, p. 86. Ici, elle crée un lien visuel et émotionnel entre les deux figures — lien absent dans l’étude préparatoire. Sur le manteau de la cheminée apparaissent la Vierge traditionnelle, encadrée de bougeoirs, ainsi qu’une simple faïence décorative.
La critique n’exprima pas, dans l’ensemble, le même enthousiasme pour La Lecture que pour La Fin de la journée, exposée au même Salon. Toutefois, Gonzague Privat et Charles de Moüy, entre autres, louèrent la simplicité et l’intimité de la scène, illuminée par le charme de ce profil perdu adoucissant l’austérité de l’intérieur. Le thème intime de la lecture féminine est très présent au Salon, mais généralement traité à travers des figures de jeunes filles bourgeoises ou aristocratiques. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles Jules Breton adapta la scène à une représentation rustique — certes — mais plus raffinée qu’elle ne l’aurait été dans la réalité. Maurice Chaumelin évoquera d’ailleurs, un peu plus tard, en 1869, l’abondance de liseuses au Salon, notamment celle de Toulmouche, Lettre d’amour.
Source
Provenance
Atelier de l’artiste ; M. de Maingoval, 1865. Paris, vicomtesse de Chézelles ; [Paris, Boussod, Valadon & Cie (Goupil & Cie), 2 mars 1902 (n° 27565, par l’intermédiaire de Schorstein, sous le titre La Lecture du dimanche)] ; Moscou, Charitomenko, 3 octobre 1902 ; [Paris, Boussod, Valadon & Cie (Goupil & Cie), 11 décembre 1911 (n° 30400, partagé en compte à demi avec Allard)] ; Argentine, M. Antonio Devoto, 27 août 1912. [Vente, New York, Sotheby’s, 6 novembre 2014, lot 16].
1865, Paris, n° 295 ; 1867, Paris, n° 88 (collection Maingoval).
Critiques du Salon de 1865
Du Camp, p. 165 ; Bœtzel, p. 56 ; Claretie, p. 118-119 ; Gautier, p. 1031 ; Hemmel, p. 291 ; Jahyer, p. 111-114 ; Lagrange, p. 151 ; Moüy, p. 201 ; Privat, p. 95-96 ; L’Indépendance, n. p.
Critiques de l’Exposition universelle de 1867
Merson, p. 187.
Bibliographie
Monographies et ouvrages collectifs
Bélina, 1883, p. 406 ; Montrosier, 1881-1884, p. 54 ; Montrosier, 1884, p. 43 ; Breton, 1890 (1), p. 86 ; Bates and Guild Co., 1907, p. 27, sous le titre The Reader ; Vachon, 1899, p. 153, ill. face p. 6 ; Bourrut Lacouture, 2002 (1), fig. 43, p. 125.
Périodiques
Monnecove, 1895, p. 34 ; Gauthiez, 1898, p. 209, ill.