© ARCHIVES DE LA FAMILLE JULES BRETON
Jeune fille tricotant
Huile sur toile marouflée sur bois
36 × 30 cm (14 × 12 in.)
Londres, collection particulière
Sujet
Réalisés parfois en pleine nature, en Bretagne entre autre, (pensons à la Jeune tricoteuse bretonne de 1865, n°, à la Tricoteuse assise sous un arbre , vers 1869 conservée au Metropolitan Museum de New York, ces travaux président essentiellement toutefois aux réalisations de l’artiste intra-muros: couseuses, tricoteuses, fileuses se succèdent tout au long de sa carrière depuis Une couturière de 1858 (U.S.A colleciton privée) pour laquelle, avec humour, au retour de leur voyage de noces en Hollande, sa toute jeune femme pour modèle.
Dans un intérieur anonyme de couleur brun-vert, seules apparaissent la table légèrement plus claire qui sert d’appui à une pelote et à la chaise rustique sur laquelle est assise Une jeune fille tricotant. Aucun détail de décor ou d’objet étranger à sa tache ne vient distraire l’attention du spectateur qui se porte immédiatement sur cette figure. Celle-ci capte et renvoie à elle seule la lumière du tableau d’autant que la palette discrète-y compris celle du châle bleu-vert tombant du dossier – fait chanter le foulard de couleur entourant la tête, prolongé par la touche légère d’une petite boucle d’orielle du même ton. L’espace pictural est soigneusement construit: tandis que deux verticales encadrent à gauche et à droite la silhouette, accentuant l’élément statique, deux diagonales accompagnent l’une le mouvement du bras, l’autre le regard baissé vers les aiguilles pour aboutir à la pelote. Elles se joignent sur les mains qu’elles achèvent de dynamiser. La rugosité de la jupe sombre et du châle bis bordé de prune est traité d’une brosse rigoureuse et libre et laisse se dégager, sous la légère touche de fine baptiste de la chemise, le long cou et le délicat profil en contraste dans la clarté des chairs.
Breton a eu le loisir d’observer le jeu des mains tenant les aiguilles. La position des doigts, exacte et précise, assimilée, laisse percevoir que l’ouvrage entrepris sera mené à bien. Toute l’intériorité de cette charmante figure, comme lovée en elle-même, en ressort davantage. A quoi songe-t-elle? Le mystère demeure et cette qualité de “silence habité” dans la sérénité est très perceptible, générant un charme indéfinissable, déjà recontré en 1858 et retrouvé parfois dans certaines toiles de Millet pour un thème similaire.
ici ce n’est pas tant la Flandre ou l’Ecole hollandaise qui est présente à l’esprit de l’artiste, mais plutôt peut-être une certaine réminiscence de Chardin dans la répartition de l’espace pictural et la palette d’un subtil camaïeu brun-vert et beige. On ne peut s’empêcher de penser également à une influence plus récente, celle de Corot pour l’expression absorbée et rêveuse de cette figure.
Les œuvres de Breton évoquant les travaux d’aiguille sont souvent de grande qualité , mais cette jeune fille tricotant réalisée à une prériode d’épanouissement du talent de l’artiste, demeure l’un de ses travaux les plus aboutis, dans une simplicité exemplaire.
Provenance
Gand (Belgique), collection particulière (Bouton et Segaert [?]), depuis 1915. En dépôt au musée des Beaux-Arts de Gand, 1937. [Vente, Londres, Bonhams, 19 novembre 2003, lot 130] ; Londres, collection particulière.