© ARCHIVES DE LA FAMILLE JULES BRETON
Le Soir, dans les hameaux du Finistère (Evening in the Hamlet of Finistère)
Huile sur toile
93,3 × 132 cm (36¾ × 52 in.)
Oshkosh (Wisconsin, États-Unis), Paine Art Center and Gardens Inv .1946.145
Sujet
Une étude de hameau – sous le titre « Entrée de village breton » datée de 1880 laisse penser que Jules et Élodie Breton ont fait un séjour en Bretagne durant l’été ou l’automne de cette même année. Toutefois, aucun document écrit ne nous le certifie actuellement. Quelle que soit la « Pochade d’un hameau de Tréboul » réalisée le 17 mars 1881, la première étude de 1880 indique très exactement le fond du tableau. Fond sans doute repris dans une « Esquisse de hameau breton avec figures » du 31 août 1881, puis dans la « Pochade au pastel » d’après celle-ci le 18 septembre.
L’élaboration proprement dite de l’œuvre commence le 24 septembre 1881, par la mise en place de la composition sur la toile tendue le jour même. Au cours de l’automne et de l’hiver, l’artiste fera poser plusieurs paysannes de Courrières pour les différentes figures, dont Catherine Bibi pour la jeune fille tricotant et Virginie Marmus pour celle qui se laisse courtiser par le jeune Breton. Pour les figures secondaires, il semble avoir travaillé seul (d’après des photos ? rien ne l’indique, mais ce n’est pas à écarter). Interrompu par un voyage à Paris d’une quinzaine de jours en novembre et par des travaux menés en alternance – dont le Portrait de ma nièce et diverses esquisses –, il termine le tableau à la mi-mars 1882.
Au vernissage du Salon, les jours suivants, le succès est considérable, non seulement d’après Élodie – Agenda de 1882 – mais aussi à la lecture de la presse de l’époque. Deux qualités maîtresses semblent avoir particulièrement touché le public et les critiques contemporains : tout d’abord la « simplicité » et l’« austérité » du sujet, d’autre part une justesse très particulière de l’interprétation de l’heure, dont se dégage un sentiment presque religieux. Th. Véron parle d’un « réalisme plein de poésie locale et de rêverie mystique » ; un journaliste de Quimper déclare : « ce paysage, on l’a traversé cent fois. Ces paysannes sont de celles que l’on peut rencontrer tous les jours, pas un arbre pour distraire le regard ; pas un coin de mer derrière les murailles lépreuses qui ferment l’horizon et semblent borner la vie elle-même… » ; de ces paysannes qui « … laissent sans doute traîner leur conversation nonchalante sur les détails du ménage ou sur la pêche du jour… ». (Le Finistère, Quimper, 31 mai 1882).
Après avoir exprimé comment il estime que Breton a su rendre « par l’abaissement des tons et le frissement de lumière qui passe encore sur le haut du plateau une impression religieuse », André Michel, dans Le Parlement du 12 juin 1882, en apprécie « la clarté chaude et douce avant l’universelle décoloration… ». Étienne Carjat, le 9 juin, dans L’Express, pense que si pour Th. Sylvestre Millet est le « Michel-Ange des paysans », Breton devrait en être le « Virgile ».
À l’étranger, en Angleterre surtout, le tableau est bien accueilli : « … There is the same sort of tender pathos about the picture that we find in the best works of Millet… » (Daily Telegraph, Londres, mai 1882). Malgré un sujet relativement banal et une discrétion souvent évoquée, l’œuvre semble donc avoir été particulièrement remarquée et bien reçue par les contemporains de l’artiste. Certes, Le soir dans les hameaux du Finistère est loin d’être un chef-d’œuvre d’avant-garde. La qualité picturale du tableau est toutefois indubitable et l’atmosphère qui s’en dégage est particulièrement attachante.
Breton a joint à la présentation de la toile un poème descriptif qu’il dédiera à André Theuriet et fera paraître dans l’édition de ses Œuvres poétiques de 1887.
Confiant dans l’enthousiasme de son agent à Paris, G.A. Lucas, le marchand de tableaux Samuel P. Avery achète Le soir dans les hameaux du Finistère, acquis peu après par Georges Seney. En mars 1883, à l’occasion d’une exposition de tableaux à sa galerie de la Cinquième Avenue, Avery offre à Jules Breton un petit livre publié à ses frais et reprenant le texte des principales critiques dont l’œuvre a fait l’objet en Europe.
Source
Agenda d’Élodie Breton, 24 : « Jules a tendu la toile pour son tableau de Bretagne et y a mis la composition en place », 26 septembre, 1er décembre 1881, 14 février, 11, 17, 18 mars 1882
Lettre et dépêche de Samuel P. Avery à Jules Breton, 4 mai 1882 et octobre 1883 ; agenda de Virginie Demont-Breton, 26 septembre 1881 et 14, 15 février, 12 mars 1882.
Provenance
Atelier de l’artiste ; [Paris, Goupil & Cie, 22 avril 1882 (n° 16036, 30 070 francs)] ; [New York, Samuel Putnam Avery, 26 avril 1882 (40 000 francs, par l’intermédiaire de George A. Lucas)] ; Brooklyn (New York, États-Unis), George I. Seney, mars 1883 ; [sa vente, New York, American Art Association, 31 mars – 2 avril 1885, lot 282] ; Milwaukee (Wisconsin, États-Unis), John L. Mitchell, 1885, 18 200 $ ; par descendance, sa veuve, 1899 ; [New York, Knœdler & Co., décembre 1913 (mis en dépôt et rendu)]. Oshkosh, Nathan Paine ; Oshkosh, Paine Art Center and Gardens, 1946 (don de Nathan Paine).
1882, Paris (1), n° 387 ; 1894, Anvers, n° 1513 ; 1900, Paris (3), n° 64, p. 196 ; 1982-1983, Omaha, Memphis, Williamstown, ill. p. 43 et 97, n° 42, p. 96 ; 2002, Arras, Quimper, Dublin, ill. p. 181, n° 88, p. 246.
Critiques du Salon de 1882
About, n. p. ; Albert, n. p. ; Avery Art Gallery, n. p. ; Bigot, n. p. ; Blémont, n. p. ; Brill, Le Français, 1er et 8 mai 1882, n. p. ; Candide, n. p. ; Carjat, L’Express, 9 et 23 juin 1882, n. p. ; Charry, n. p. ; Clément, Journal des débats politiques et littéraires, 14 et 27 mai 1882, n. p. ; Comte, n. p. ; Delta, n. p. ; Demos, n. p. ; Denis, n. p. ; Dézamy, n. p. ; Durand, n. p. ; E. C., n. p. ; Flamans, n. p. ; Fourcaud, p. 1-2 ; Gautier, n. p. ; Gérard, n. p. ; Gilbert, n. p. ; Guillon, Le Messager de la semaine, 6 mai 1882, n. p. ; Guillon, L’Ordre de Paris, 6 mai 1882, n. p. ; Havard, n. p. ; Hébert, n. p. ; Hoschedé, p. 10 ; Houssaye, p. 584 ; H. T., p. 155 ; Hustin, Moniteur des arts, 16 mai 1882, n. p. ; Hustin, L’Estafette, 23 mai 1882, p. 3 ; J. P., n. p. ; Kemp, n. p. ; Killian, n. p. ; Lafenestre, p. 51-52, no 387 ; Lefèvre, p. 2 ; Leroy, n. p. ; Merson, p. 342-343 ; Michel, Le Parlement, 3 et 12 juin 1882, n. p. ; Mont, n. p. ; Nelesque, n. p. ; Nivelle, n. p. ; Pattison, n. p. ; Privat, L’Événement, 15 mai 1882, n. p. ; Rozier, n. p. ; Trianon, n. p. ; Vachon, n. p. ; Vélasquez, n. p. ; Véron, P., p. 2-3 ; Véron, Th., p. 83 ; Vicaire, n. p. ; Wolff, p. 4 ; Le Petit Quotidien, n. p. ; The Daily Telegraph, n. p. ; Galignani’s Messenger, n. p. ; Kölnische Zeitung, 17 et 19 mai 1882, n. p. ; Frankfurter Zeitung, n. p. ; The Scotsman, n. p. ; Le Finistère, n. p. ; La Paix, n. p. ; Courrier de l’art, p. 277-278 ; L’Écho de la Marne, n. p. ; La Dépêche de Paris, n. p.
Bibliographie
Monographies et ouvrages collectifs
Bélina, 1883, p. 407 ; Montrosier, 1884, p. 48, ill. ; Chaumelin, 1887, n° 54, p. 94 ; Ducros, 1889, p. 37 ; Vachon, 1899, p. 124 et 144, pl. face p. 115 ; Mireur, 1901, p. 457 ; Bates and Guild Co., 1907, p. 28, sous le titre Evening in the Hamlet of Finistère ; Delouche, 1978, n° 821, ill. ; Bourrut Lacouture, 2002 (1), ill. p. 181, n° 88, p. 246.
1982-1983, Omaha, Memphis, Williamstown : Sturges (dir.), Sturges, « Jules Breton and the French Rural Tradition », p. 22, Fidell-Beaufort, « Jules Breton in America : Collecting in the 19th Century »,
p. 56 ; 1999-2000, Amsterdam, fig. 64, p. 77.
Lefort, 1883, p. 384-386 ; Smith, G., 1893, p. 409-416 ; Monnecove, 1895, p. 35 ; Riordan, 1898, p. 27-28, ill. ; Marguillier, 1899, p. 86.