Critiques des salons

L’incendie d’une meule

L’incendie d’une meule

Identifiant
P1856-3

Titre
L’incendie d’une meule

Technique
Huile sur toile

Signature
Signé en bas à droite Jules Breton

Dimensions
139,7 x 209,6 cm. (55 x 82 ½ in.)
Localisation
The Detroit Institute of Art, Detroit, USA, acc. n° 76.86
Sujet
Œuvres en rapport (voir P1856-4 et P1861-4)

Une lettre de Jules à Élodie, le 5 juin 1855, nous apprend qu’il projette un tableau « plus important que ceux que j’ai exposé – c’est l’incendie d’une meule de blé en plein soleil, avec une soixantaine de figures, sur une toile de 2 m. de largeur sur 1 m.40 de haut ». L’œuvre pourtant est bientôt négligée au profit de la mise en route de La bénédiction des blés et du Départ pour les champs. C’est au printemps 1856 que le peintre l’achève. Gambart la lui achète aussitôt pour 2.500 Frs (lettre de Jules à Elodie du 1er mai 1856). La correspondance familiale de l’époque relate un grand nombre d’incendies dans la région et, dans Un Peintre Paysan, Jules décrit, semble-t-il, celui représenté ici. Les moyens encore précaires pour éteindre les incendies au milieu du siècle dernier rendent ceux-ci souvent d’autant plus dramatiques. Marie Louis Breton avait créé, dès les années 1830 , un corps de sapeurs pompiers dont faisaient partie, entre autres, Boniface, Louis et auquel se joint parfois Jules. À travers constats, récits, appréhensions pour les victimes et pour sa famille, Breton a été particulièrement frappé par les drames que le feu engendre, mais aussi par la solidarité de la communauté villageoise confrontée à ce danger. Porter ce genre de drames à la cymaise montre encore quelques liens avec le mouvement réaliste. La meule en feu occupe le centre de la composition pyramidale. Les villageois s’affairent sur elle et alentour, qui, pour tenter de circonscrire les flammes , qui pour sauver les gerbes non touchées. Hommes, femmes, vieillards, enfants se mèlent mais dans la précipitation générale, le peintre a observé combien leur action s’organise donnant à chacun un rôle déterminé en fonction des uns et des autres, pour la rendre plus efficace. Solidarité qui, ainsi mise en exergue, semble prendre le pas sur le drame lui-même. Sous le soleil que Breton avait pourtant représenté comme « des plus sinistres », le fond du paysage apparaît serein, deux meules intactes à l’horizon. La palette de l’ensemble est très significative de cette époque : claire, chaude, dorée, parsemée de bleu, accompagnée de quelques touches de rouge dont le foulard déjà aperçu dans les Glaneuses de 1855. En dehors du vieillard, de face, portant une gerbe, qui ressemble fort au cousin Zidore, il est très difficile de retrouver ici des physionomies reconnaissables. Du fait de l’achat rapide de Gambart, le tableau n’a été ni vu, ni commenté par les artistes et les critiques français. Il s’agit ici, en effet, de son premier grand tableau à multiples personnages, avec des réminiscences de Millet (L’homme à la brouette) et de Daumier, La femme fuyant avec l’enfant, notées également par Madeleine Fidell-Beaufort en 1979. Le centre de la composition pyramidale, l’atmosphère ensoleillée que pourtant Breton a ressenti comme « des plus sinistres », l’affairement de chacun dans un rôle bien déterminé lié à l’action de tous, met finalement davantage en exergue la solidarité villageoise que le drame lui-même.

Source
Lettre de Jules Breton à Mme Lefèbvre, Courrières, 5 avril 1856 (au sujet de la vente du tableau à Gambart (Archives départementales du Pas-de-Calais AJ/275/140.151)
Lettre de Jules Breton à Boniface Breton, 5 mai 1856, vente du tableau : 2.350 frs
Lettres de Jules Breton à Élodie, 5 juin 1855 et 9 avril 1856

Provenance

Artiste à Ernest Gambart, French gallery, Londres, avril 1856 (par l’intermédiaire de son agent à Paris, Mme Lefèbvre)
Richard Christopher Naylor, Hooton Hall, Ellesmere Port, UK
Sa vente, Christie’s, Londres, 2 août 1875, lot 831
F. J. Pilgeram, Londres, 1875 (acquis de la précédente)
Samuel Putnam Avery, New York, 1890
Sa vente, American Art association, New York, 20 mars 1902, lot 72 
Moses Tanenbaum, 1902 (acquis de la précédente 850 $)
Knoedler & co, New York, octobre 1903 (en dépôt du précédent)
Vente, Moses Tanenbaum, American Art association, New York, 1-2 mars 1906, lot 147 (par l’intermédiaire de Knoedler & co) 
Felix Jimen(?), 1906 (acquis de la précédente 1600 $)
Albert K. Schneider, New York
Vente Park Bernet, New York, 14 octobre 1953, lot 84
Dr Goetz, 1953 (acquis de la précédente, 450$)
Loyola University, Los Angeles, USA 
Sa vente, Century Plaza Hotel, Los Angeles, 24 avril 1972 lot?
Vente Christie’s, Londres, 26 février 1976, lot 13,  Colnaghi, Londres (acquis de la précédente)
The Detroit Institue of Arts, Detroit, 1976 (acquis du précédent)

Expositions

3rd Annual Exhibition of the French School of Fine Arts, French Gallery, Londres, Mai 1856, n°58, sous le titre Haystack on Fire at midday
The Figure in Nineteenth-Century French painting, Detroit, 1979, n°18, p.51, Ill. p.50
The Realist Tradition: French Painting and Drawing 1830-1900: a travelling exhibition held at Cleveland, Cleveland Museum of art, 12 November 1980-18 January 1981, New York, Brooklyn Museum, 7 March-10 May 1981, Saint-Louis, St. Louis art museum, 23 July-20 September 1981, Glasgow, Glasgow art gallery and museum, 5 November 1981-4 January 1982,p.129-130, n°95, ill. pl. couleurs
Jules Breton and the French Rural Tradition, Joslyn Art Museum, Omaha, Nebraska in association with The Arts Publisher, Inc., New York, 1982, Dixon Gallery and Gardens, Memphis, Tennessee, Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown, Massachusetts, 1983, p.66, n°5, Ill.p.67
Jules Breton (1827-1906), La Chanson des Blés, Arras, Musée des Beaux-Arts, 6 mars-2 juin 2002, Quimper, Musée des Beaux-Arts, 15 juin-8 septembre 2002, Dublin, National gallery, 25 septembre-15 décembre 2002, n°19, p.238, ill.p.93

Bibliographie

N.s., Athenaeum, 1489, 10 mai 1856, p.591
N.s., « Concours pour les prix de Rome Peinture », L’Artiste, 27, 1856, p.193
N.s., « The Exhibition of French Pictures », The Art Journal, 118, vol.II, 1 juin 1856, p.193
Bellier de La Chavignerie, E., et Auvray, L., Dictionnaire général des artistes de l’École française depuis l’origine des arts du dessin jusqu’à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, Paris, Librairie Renouard, 1882, t.I, p.164

Chaumelin, M., Portraits d’artistes: E. Meissonier, J. Breton, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, 1887, p.95, cat.73
Breton, J., The Life of An Artist : Art and Nature, translated by Mary J. Serrano, New York, 1890, p.241, Ill. (photographie Braun parmi celles des tableaux de J. Breton entrés dans les collections américaines)
Breton, J., Un Peintre paysan, Souvenirs et Impressions. Aube et crépuscule, paysages et campagnards, art et artistes. De la suprématie de l’Ecole française, Paris, A. Lemerre, 1896, p.112

Vachon, M., Jules Breton, Paris, A. Lahure, 1899, p. 142

Doucet, J., Les peintres français, Paris, Librairie Felix Juven, 1906, p.199, ill.
Thieme-Becker, Allgemeines Lexikon der Bildenden Kunstler, Leipzig, W. Engelmann, 1907-1950, vol. 5, p. 590
The Bulletin of the Detroit Institute of Arts: Annual Report , Vol.56, n°1, 1977, pp.23,27,50, fig.25
N.s. « La Chronique des arts, pricipales acquisitions des musées en 1977 », supplément à la gazette des Beaux-Arts, mars 1978,p.95
Fidell-Beaufort, M., « Fire in a Haystack by Jules breton », The Bulletin of the Detroit Institute of Arts, Vol.57, n°2, 1979, pp.54-63, fig.1, p.54

selected works from the Detriot Institute of Art,Detroit, 1979, n°86
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Weisberg, G.P., « Le retour des Réalistes », Connaissance des Arts, novembre 1980, n°345, pp.64-65, reproduit
Weisberg, G. P., « Realists Resurrected », Art Journal 40, 1980, p. 402, ill. fig. 34
Weisberg, G. P. et Bourrut Lacouture, A., « Jules Breton: the grape harvest at Chateau-Lagrange », Arts Magazine, Janvier 1981, pp.98,100, ill. fig.4
Varnedoec, K., « Realism’s second string », Art in America, sept. 1981, p.141, Ill. p.140

Mc Conkey, K., « Peasantries », in cat. exp. Peasantries, 19th century French and British pictures of peasants and filed workers, Newcastle, 1981, p.6
Brettell, R. et C., Les Peintres et le Paysan au XIXème siècle, Genève, Skira, 1983, p.81
Juneja, M., « The peasant in French Painting: Millet to Van Gogh », Museum, Paris, publ. UNESCO, vol. XXXVI, n°3, 1984, p.171, fig.55
Cachin, F., L’art du XIXe siècle 1850-1905, Paris, Citadelle & Mazenod, 1990, p.30, p.533, ill.
Wissman, F. W., European Vistas: Cultural landscapes, Detroit, Detroit Institute of Arts, 2000, pp. 106-107, reproduit p.86 (détail) et p.107

Droits : Museum credit line : Jules Adolphe Aime Louis Breton, Fire in a Haystack, 1856, Oil on canvas. Detroit Institute of Arts, Founders Society Purchase, Robert H. Tannahill Foundation Fund, 76.86.
Date : 1856

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