Critiques des salons

Le Soir

00 022986

Identifiant
P1860-15

Titre
Le Soir

Technique
Huile sur toile

Signature
Signé et daté en bas à droite Jules Breton 1860

Dimensions
89 x 117 cm. (35 x 46 in.)

Localisation
Musée d’Orsay, Paris, France, RF547

Sujet
Œuvres en rapport (voir P1860-16 et P1860-17 de ce catalogue)

Le titre donné à l’œuvre, lors de l’exposition de Bruxelles en 1860, Seule, repris dans la correspondance de Breton à sa famille, insiste en soi sur le sentiment mélancolique de la solitude. Le visage aux traits réguliers de la jeune femme assise du premier plan, coiffé en bandeaux, accentue ce caractère de Fornarina villageoise employé par Théophile Gautier. Le terme de figure de la Mélancolie (lettre de Jules Breton à Elodie, 23 mai 1861) a été d’ailleurs repris par Henri Dorra dans un de ses articles pour la Gazette des Beaux-Arts, en 1976. Malgré la présence des jeunes filles dansant en arrière plan et de deux autres compagnes, devisant de dos, à gauche, l’attention du spectateur s’attache spontanément à cette figure assise qui lui fait face, le visage reposant sur sa main. Par la lettre de Jules Breton à sa femme (4 juin 1861), nous savons que le tableau a été changé de place et « a été mis du coté éclairé ». En effet, si Les Sarcleuses semblent avoir un succès très particulier, Le Soir, dès l’exposition de Bruxelles de 1860, correspond, pour certains, à une œuvre tout à fait achevée. Ainsi l’éloge dans le National (4 septembre 1860) : «[…] le critique s’arrète devant l’œuvre intitulée Seule. Tout est là, poésie, lumière et sentiment […] » et le collectionneur belge Crabbe – dont Baudelaire a fait le recensement des peintures françaises de la collection – se dit amateur du Soir, bien avant son exposition au Salon (lettre de Jules Breton à Élodie, 17 septembre 1860). Ce succès incite Breton à présenter cette œuvre au Salon l’année suivante. À Paris, le succès est grand avant le Salon, exprimé dans sa correspondance privée par l’artiste : « Edmond About est fou de ma Seule », ce qui détermine Jules Breton à exposer ce tableau avec trois autres toiles : Les sarcleuses, Le colza et L’incendie. Pourtant, malgré ce succès, il semble difficile de la vendre avant l’exposition (Jules Breton à Boniface Breton, 20 mars 1861) . Deux ans plus tard, lors de son retour de Bordeaux, il note à son passage au Luxembourg où son tableau a changé de place : « […] ma Seule est de l’autre coté où étaient autrefois les cartons d’Ingres. Je l’ai revu avec plaisir. Sans avoir l’effet des Sarcleuses, elle a quelque chose de plus pénétrant comme émotion. En la regardant, elle me disait des tas de choses qui me donnaient envie de pleurer et c’est le seul de mes tableaux qui me fassent cet effet. Elle sera un jour plus appréciée que plusieurs de mes toiles qui ont eu plus de succès. Le coté droit du paysage où se trouvent des chaumières et l’étoile du berger est certainement ce que j’ai fait de plus délicat et rien dans mes Sarcleuses n’a ce parfum agreste […] ». En fait, Le Soir est une des toiles du Salon de 1861 (avec Le colza) où la recherche de style de Breton apparaît de façon plus lisible dans une figure classicisée, hiératisée, mise en exergue, parallèlement à des figures traitées de façon plus naturaliste ainsi que le paysage environnant. Toutefois, cette atmosphère crépusculaire ajoute un léger sentimentalisme à cette œuvre.

Source
Lettres de Jules Breton à Élodie, 17 septembre 1860, 23 mai et 4 juin 1861
Lettres de Jules Breton à Boniface Breton, 20 mars 1861, 21 septembre 1863

Provenance

Acquis par l’État auprès de l’artiste, 8 juillet 1861
Entré au Musée du Luxembourg avant 1863
Exposé dans la Galerie du Corps Législatif de décembre 1865 à avril 1867 puis renvoyé au Musée du Luxembourg
Transféré au Louvre en 1885
Déposé au Château de Fontainebleau le 5 août 1889
Renvoyé au Musée du Luxembourg le 21 décembre 1914
Transféré au Dépôt de l’État le 26 mars 1920
Déposé au Comptoir des Entrepreneurs, Bureau du Directeur, le 26 février 1922
Réintégré au Dépôt de l’État le 9 mai 1936 puis mis en dépôt le 3 décembre de la même année à l’Hôtel de Ville de Cuisery (Saône et Loire) où il décore la Salle d’Honneur
Affecté au Musée d’Orsay, Paris, en 2012

Expositions

Peut-être, Exposition de la société des amis des arts, Lyon, 1860, n°106 (La faneuse)

Exposition générale des Beaux-Arts, Bruxelles, 1860, n°89, sous le titre Seule!
Salon, Paris, 1861, n°425
Exposition Universelle de 1900, Paris, Grand Palais des beaux-arts et des arts décoratifs, L’exposition Centennale de l’art français (1800-1900), n°62
Exposition Universelle, Exposition Franco-Britannique, Londres, 1908, n°72, ill. p.293
Panama-Pacific International Exhibition, San Francisco, 1915, n°15
Exposition d’Art français, Strasbourg, 1921
Le musée du Luxembourg en 1874 – peintures, Paris, France, 1974, pp.40-42, n°35, ill. p.41
Barbizon au temps de Jean-François Millet (1849-1875), Barbizon, 1975, n°94, ill. p.133
Les scènes agricoles dans la peinture française au XIXe siècle, Chartres, 1976 (sans catalogue) 
Jules et Émile Breton, Musée des Beaux-Arts, Arras, 1976-1977 (catalogue manuscrit par Françoise Maison)
Od Courbeta k Cezannovi, Prague, Septembre-octobre 1982, (Von Courbet bis Cezanne, Franzossische Maleroi 1846-1886), Staatliche Museum, Berlin, Décembre-Février 1983, n°11, p.60, ill.
Le Nouène, P., Exigences de réalisme dans la peinture française entre 1830 et 1870, Musée des Beaux-Arts de Chartres, 5 novembre 1983-15 février 1984, p.162, n°146
Jules Breton (1827-1906), La Chanson des Blés, Arras, Musée des Beaux-Arts, 6 mars-2 juin 2002, Quimper, Musée des Beaux-Arts, 15 juin-8 septembre 2002, Dublin, National gallery, 25 septembre-15 décembre 2002, n°32, p.240, ill.p.89
Le choix de Vincent : le musée imaginaire de Van Gogh, Amsterdam, Musée Van Gogh, 14 février -15 juin 2003, n°38, p.180
Millet and his Time : Masterpieces from the Musée d’Orsay, Taipeï, Taïwan, Province de Chine, 2008
Millet, Courbet et le Naturalisme français, Chefs-d’œuvre du Musée d’Orsay, Shangaï, China Art Museum, 16 novembre 2012 – 28 février 2013, pp.107, 117-118

Bibliographie

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Droits : Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Agence Bulloz
Date : 1860

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