Critiques des salons

Le Repos des Faneuses (The Reapers’ Rest)

Le Repos des Faneuses (The Reapers' Rest)

Identifiant

P1873-1

Titre

Le Repos des Faneuses (The Reapers’ Rest)

Technique

Huile sur toile

Signature

Signé et daté en bas à gauche Jules Breton/Courrières 1873

Dimensions

85, 1 x 132,1 cm. (33 1/2 x 52 in.)

Localisation

Localisation actuelle inconnue

Sujet

Tableau a pu être débuté dans les années 1865-1870

Œuvres en rapport (voir p1863-5; P1873-2; P1873-3; P1873-4; P1873-5; P1873-6; P1873-17 de ce catalogue)

Un brouillon (non daté) de lettre de Virginie Demont-Breton adressée à Moulton et Ricketts, par l’intermédiaire de Knoedler et à sa suggestion, a été retrouvé dans les archives des descendants du peintre. Virginie D.B. y explique qu’après avoir travaillé avec enthousiasme à cette composition, son père, se sentant découragé, l’abandonna dans un coin de la serre qui lui servait souvent d’atelier l’hiver. Un carreau cassé fut même provisoirement bouché avec cette toile et la petite fille qu’elle était alors se souvient toujours qu’en levant les yeux, elle apercevait « un pur profil de jeune mère allaitant son enfant et qui, malgré la trainée d’eau de pluie sale qui la balafrait, souriait doucement. Cela dura longtemps ». Le jour où la vitre fut remplacée, jules Breton intrigué, passa la toile sous un jet d’eau claire qui fit « revivre la merveilleuse harmonie d’un rayon du couchant éclairant un pur profil de paysanne douce et belle comme une madone. Mon père se sentit ressaisi par le charme qui l’avait enthousiasmé plusieurs années auparavant et il remit, plein d’espoir, la toile sur le chevalet […] »
C’était en 1873 et le peintre Adrien Demont, venu pour la première fois à Courrières prendre des conseils de Jules et Emile Breton, « en éprouva une impression qui lui est restée comme l’une des émotions artistiques les plus intenses de sa vie ». (Six ans plus tard, nous le savons, il épousait Virginie).
Celle-ci ajoute : « Le personnage de la mère qui allaite était entièrement exécuté ainsi que celui de la femme qui, appuyée sur sa main, regarde l’enfant. Celui de la jeune fille était ébauché et celui de la faneuse étendue à terre à peine esquissé ainsi que les deux autres personnages des second et troisième plans. Le paysage était ‘à l’effet’ et aucun changement notable ne fut fait à la composition. »
Deux éléments importants viennent à l’esprit à la lecture de ce brouillon :

Le tableau a pu être mis en route dans les années 1865-1870, ce qui expliquerait d’autant mieux le caractère Raphaëlesque de la « belle » figure de femme regardant l’enfant, tandis que le visage de la petite fille endormie, comme le profil de la jeune femme à plat ventre ont un caractère légèrement plus individualisé, plus naturaliste. (Nous rejoignons Hollister Sturges en ce sens). La composition pyramidale asymétrique du groupe apparaît plus souple que dans bien d’autres tableaux des années 1865-1873 et les figures du second et du troisième plan font une sorte de relais vers le village, au fond et à gauche de la toile. Le soleil, dans un effet de fin de journée chaud et subtil, éclaire l’ensemble d’un rayon tardif.
Que dire du « pur profil de madone » admiré par Virginie – dont un dessin de son père, évoque peut-être plus une réminiscence de Léonard de Vinci que de Raphaël ? Entretemps, l’eau avait coulé le long de son visage et si, apparemment, celui-ci était bien revenu lorsque le peintre l’a nettoyé en 1873, elle avait sans doute fragilisé la peinture à cet endroit, endommagé par la suite. La tête de cette jeune femme, à la suite de la restauration du Repos des Faneuses avant l’exposition d’Omaha en 1982 ne pourrait être de Jules Breton […] et ne ressemble guère au profil du tableau Mother and Child […], dont pourtant la douceur d’expression sur les photos de clichés anciens achevait d’ajouter à la paix et la sérénité du Repos des Faneuses […]

Source

Brouillon (s.d.) de lettre de Virginie Demont Breton à Moulton & Ricketts (par l’intermédiaire de Knoedler) pour le nouveau propriétaire du tableau (C.G. Conn ?) Lettres de Knoedler aux Demont des 12 janvier et 3 février 1910
Lettre de Knoedler à Virginie demont du 22 décembre 1909

Provenance

Artiste à Goupil & cie, Paris, 2 avril 1876 (no. 11163 sous le titre La fin de la journée)
James S. Forbes, Londres, 19 avril 1876 (acquis du précédent, 40000 frs)
Goupil & cie, Paris, mai 1878 (no. 12865, acquis du précédent, 40000 frs)
Comte Daupias, Lisbonne, mai 1878 (acquis du précédent, 44000 frs)*
John T. Martin, avant 1909
Sa vente, American Art Association, New York, 15 avril 1909, lot 107 (sous le titre The Reaper’s Rest)
Knoedler & co, New York, avril 1901 (no. 11785, acquis à la vente précédente 6000 dollars)
Galerie Moulton & Ricketts, Chicago, 19 décembre 1909 (acquis du précédent)
Charles Gérard Conn, Chicago, 1910 (acquis du précédent)
Bohumir Kryl, Chicago, dans les années 1920
Par descendance, Kiki A. Suslow (sa petite fille), Scarsdale, New York, 1961
Par descendance, Mr and Mrs Lawrence Suslow, Scarsdale, 1985
Vente Christie’s New York, 16 octobre 1991, lot 87
Galerie Michael, Beverly Hills, octobre 1991 (acquis à la vente précédente)

* absent du catalogue de la vente Daupias de 1892

Expositions

Jules Breton and the French Rural Tradition, Joslyn Art Museum, Omaha, Nebraska in association with The Arts Publisher, Inc., New York, 1982, Dixon Gallery and Gardens, Memphis, Tennessee, Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown, Massachusetts, 1983, n°33, p.90, ill. pp.35, 91
Barbizon and Beyond, Galerie Michael, Los Angeles, 11 novembre 2017 – 18 janvier 2018

Bibliographie

Montrosier, E., Les Artistes Modernes, H. Launette ed., Paris, 1882, t.III, Ill., p.56
Doucet, J, Les peintres français, Paris, librairie, F. Juven, 1906, Ill., p.204

Date : 1873

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