Critiques des salons

Le Pardon de Kergoat

14 586718

Identifiant

P1891-1

Titre

Le Pardon de Kergoat

Technique

Huile sur toile

Signature

Signé en bas à droite Jules Breton 1891

Dimensions

123,6 x 234 cm. (48 1/4 x 91 3/4 in.)

Localisation

Musée des Beaux-Arts, Quimper

Sujet

Déroulement de profil comme La Bénédiction des blés (Voir P1857-14 de ce catalogue) et la Plantation d’un Calvaire (Voir P1858-2 de ce catalogue.) En 1891, le sujet traité par un certain nombre d’artistes n’a plus l’aspect de la nouveauté que l’on pouvait trouver au Pardon de 1869 (voir P1869-2 de ce catalogue).  Nous savons par l’agenda de 1890 de Virginie Demont-Breton que les Breton sont allés rejoindre leurs enfants à Douarnenez à la fin d’août 1890. En octobre, ils sont à Douai chez les Demont et Virginie indique que son père « a trouvé au musée une petite vierge ancienne qui peut servir pour son Pardon ». Elle-même fait une étude de croix ancienne pour son père (c’est une des seules fois où elle mentionne un travail de sa main pour lui). Pour ce Pardon, où l’on retrouve encore aujourd’hui le cadre de la place et du mail de Kergoat autour de l’église, Jules Breton reprend une procession vue dans son emprise devant le spectateur, mais dont la courbe amorcée par les jeunes filles en blanc laisse apercevoir une foule innombrable jusqu’au plus profond du mail. L’esprit en est toutefois différent de l’intériorité très dense qui se dégage du Pardon de 1869. Ici le caractère folklorique, spécifique du Pardon de Kergoat apparaît immédiatement. Ce lieu de pèlerinage (église, calvaire et mail) est représenté avec tellement

d’exactitude que des photographies prise en 1979 permettent de resituer la scène  peinte en 1891. D’autre part, des croquis d’éléments architecturaux, de profils de chouans accentués, de détails de costumes … témoignent du souci de l’artiste d’évoquer très précisément ce Pardon où les fidèles viennent par milliers le troisième dimanche d’Août implorer la « Vierge de Pitié » et le « Christ en agonie » de guérir leurs maux ou de les protéger. Il n’est pas exclu que des photographies ont été utilisées par le peintre , dans une démarche plus naturaliste. En effet les bretonnes du cortège offrent une silhouette assez fin de siècle et leurs costumes se détachent dans toute leur diversité et leurs ornements. Elles éclaircissent la palette de l’ensemble, en contraste avec les tonalités grises et vertes.

Si l’artiste, en introduisant devant, à gauche et à droite du tableau, les mendiants – particulièrement à l’honneur dans ces cérémonies pénitentielles –  accentue un peu l’anecdote, l’ensemble de la composition conserve une atmosphère religieuse réelle. Les mille cierges « allumés l’un à l’autre » paraissent vibrer sous les frondaisons et, pour Jules Breton, formaient, dans ses souvenirs « un firmament de petites flammes ardentes comme les âmes de ce champ de prière ».

Les revues de presse sont plus inégales que pour Le Pardon de 1869. Certains trouvent le tableau un peu « vieux jeu », d’autres, au contraire, comme Louis Esnault, redécouvrent dans la procession la Bretagne de leur jeunesse et comme Marius Vachon, est frappé par l’aisance avec laquelle le peintre sait arranger  une foule tout en conservant à chacun une expression particulière. En 1891, Breton ne peut plus être considéré comme un innovateur (dans son interprétation de la Bretagne ?). Depuis 1869, un certain nombre de peintres, Lhermitte en 1879, Dagnan-Bouveret en 1886, se sont penchés sur ce thème de ces rites religieux, transcendés par la suite à travers le puissant symbolisme d’Émile Bernard et de Gauguin.

Déroulement de profil comme La Bénédiction des blés (voir P1857-14 de ce catalogue) et la Plantation d’un Calvaire (voir P1858-2 de ce catalogue)  mais la démarche ici est beaucoup plus strictement folklorique et anecdotique. Curieusement, cet esprit diffère de la manière dont les fonds sont traités, d’une touche libre, large, dans une palette d’un vert sombre et profond.

Outre le fait qu’en 1891, le sujet traité par un certain nombre d’artistes n’a plus l’aspect de la nouveauté que l’on pouvait trouver au Pardon de 1869 (voir P1869-2 de ce catalogue). Le peintre lui-même, parvenu à une renommée internationale, ne présente plus pour les critiques en général, une valeur nouvelle.

Source

Agenda de Virginie Demont-Breton, 18 août, 14,16,18 octobre, 10 novembre 1890
Lettres de Knoedler à Virginie Demont-Breton et Adrien Demont, 1911(?) 12 juin 1915, 30 octobre 1917, 9 octobre 1920, 27 septembre 1926, 7 janvier 1929.

Provenance

Atelier de l’artiste
Sa vente, Galerie Georges Petit, Paris, 2-3 juin 1911, lot 1
Knoedler & co New York (acquis à la vente précédente et conservé dans ses galeries de Paris et New York jusqu’en 1927)
Vente, American Art Association, New York, 5-6 janvier 1927, lot 171
William Randolph Hearst (1863 -1951) (acquis de la précédente vente) 
S.E. l’Archevêque de Cleveland Edward Hoban (1878- 1966), dans les années 1940
Thomas F. Holzheimer, Ohio, 1964 (acquis du précédent)
Gilmour Academy, Gates Mills, Ohio, 1964 (Don de Thomas F. Holzheimer)
Sa Vente ,Sotheby’s New York, 23 octobre 1990, lot 21 (invendu)
Musée des Beaux-Arts de Quimper, après 1994 (d’après un courrier adressé à Sotheby’s par la Gilmour academy et daté de 1994)

Expositions

Exposition Annuelle des Beaux Arts, Munich, 1891
Salon des Artistes Français, Paris, 1891, n°227
Exposition communale d’œuvres d’artistes contemporains à Amsterdam, 1892
World Columbian Exhibition, Chicago, 1893, n°350 
Exposition Universelle d’Anvers, mai-novembre 1894, n°1511
Exposition de la société des amis des Arts, Bordeaux, 1895, n°75
Exposition Universelle de 1900, Paris, Grand Palais des beaux-arts et des arts décoratifs, L’Exposition décennale de l’art français (1889-1900), n°296
La Bretagne vue par les peintres au XIXe siècle, Quimper, Musée des Beaux-Arts, 1955 (sans catalogue)
Jules Breton and the French Rural Tradition, Joslyn Art Museum, Omaha, Nebraska in association with The Arts Publisher, Inc., New York, 1982, Dixon Gallery and Gardens, Memphis, Tennessee, Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown, Massachusetts, 1983, n°29, ill.p.86

La Bretagne vue par les peintres au XIXe siècle : collection du musée des beaux-arts de Quimper, Quimper, Musée des Beaux-Arts, 1995, n°11, reproduit en page de couverture du catalogue
Jules Breton (1827-1906), La Chanson des Blés, Arras, Musée des Beaux-Arts, 6 mars-2 juin 2002, Quimper, Musée des Beaux-Arts, 15 juin-8 septembre 2002, Dublin, National gallery, 25 septembre-15 décembre 2002, n°105, p.248, ill.p.169
Les pardons en Bretagne, Sainte Anne d’Auvray, galerie départementale, 17 mai 2014-2 novembre 2014

Bibliographie

Armstrong, W., « The two Salons », The Magazine of Art, vol.14, 1891, p.366, p.365 ill.
Arène, P., « Du Salon de 1891 ; Champs Elysées », L’Art Français, Salon de 1891 (Champs-Élysées), avril 1891, ill., np
Baschet, L., Exposition des Beaux-Arts, catalogue illustré de peinture et de sculpture, Salon de 1891, 1891, ill.p.296
Lafenestre, G.,  « Le Salon de 1891 », Revue des Deux Mondes, 1er juin 1891, pp.662,663,668
N.s. « Au Salon des Champs Elysées : Le Pardon de Kergoat, tableau de M. Jules Breton », Le Petit Journal, 24 mai 1891, np 
Wolf, A., Figaro-Salon 1891, p.17, p.6 ill.
Exposition Universelle des Beaux-Arts, 1894, catalogue général illustré, Anvers, Bellemans Frères, 1894, p.103
A.S., « Exposition des amis des arts », La Gironde, Bordeaux, 16 février 1895, np
Marguillier, A., « Jules Breton par Marius Vachon », Gazette des Beaux-Arts, Janvier 1899, T.21, 3ème période, 1899, p.86
Vachon, M., Jules Breton, Paris, A. Lahure, 1899, pp.112,120,145, ill. face p.125
Dir. Comte, J., L’art à l’Exposition Universelle de 1900, Paris, J. Rouam & Cie, p.162, ill. p.136
Fourcaud, L. de, « L’exposition Universelle : La peinture : I -l’école française », La revue de l’art ancien et moderne, 1900, p.82

N.s., Exposition Universelle de 1900, catalogue officiel illustré de l’exposition décennale des Beaux-Arts de 1889 à 1900, Paris, Lemercier et Baschet, 1900, p.244

N.S., Exposition Internationale Universelle de 1900. Catalogue général officiel, Paris, Lemercier, Lille L. Danel, 1900, p. 24

Cluit, F.E., « The Art of Jules Breton », Brush and Pencil, vol XVIII, July to December 1906, p.107, ill.
Doucet, J. Les peintres français, Paris, F. Juven, 1906, ill. p.20
Mourey, G., « Jules Breton, 1827-1906 », Les Arts, n°60, décembre 1906, p.26, p.32 ill.

N.s., « Jules-adolphe-Aimée-Louis Breton », Masters in art, 1907, p.28
Catalogue des tableaux, pastels et dessins par Jules Breton, composant son atelier, galerie Georges Petit, Paris, 2-3 juin 1911, p.15, ill.page précédente
N.s., « Ventes annoncées à Paris-Atelier Jules Breton », Le Bulletin de l’art ancien et moderne, 1911, pp.165-166
Delouche, D., Les peintres de la Bretagne avant Gauguin (thèse), Lille, 1975-1978, t.2, pp.737-738, n°815, ill.
Delouche, D.,  Les peintres de la Bretagne, 1977, p.317 Duchemin, J., Les pardons bretons du temps passé, Bruxelles, Libro-Science, 1977, ill. fig n°12
Arman, F., « Painting by Breton found here, though lost », The plain dealer, 21 novembre 1980, p.6-B
Weisberg, G.P., « Vestiges of the Past, Brittany Pardons of late nineteenth-century French Painters » Arts Magazine, Nov. 1980, p.136, ill. fig.6
Wootten, D., « A brush with luck: long-lost painting rediscovered here »,  The Cleveland Press, 20 novembre 1980, p.A13 ill.
N.s.[?], « Lost painting found at Gilmour », The Gilmour Magazine, Winter 1980, np.
Weisberg, G., « Preservation News : Spreading the word », CAA Newsletter (college Art Association of America), avril 1981, vol.6, n°1, pp.6, 16

Ritzenthaler, C., L’école des Beaux-Arts du XIXe siècle. Les pompiers, Paris, Ed. Mayer, 1987, p.70
Bourrut Lacouture, A., « Jules Breton », in Belbeoch, H., Douranenez, Au bonheur des peintres, Quimper, 1992 , p.60, ill.

Yonnet, D., et Cariou, A., « Le Finistère des peintres », Ouest-France, 1993, p.66, ill.

Cariou, A.. « Acquisitons », La revue du Louvre, 1er février 1995, p.87, ill.
Le Bihan, R., Belboch, H., 100 peintres en Bretagne, Paris, Editions Palantines, 1995, p.86, ill.

Belbeoch, H., Musées de Bretagne, chefs-d’oeuvre et trésors de la peinture, Quimper, editions Palatine, 1997, pp.112-113, ill.
n.s., « La Bretagne des peintres Jules Breton à Quémeneven », Le télégramme, 13 juillet 2003, p.20, ill.
Chevallier, P-A., « Un musée, une œuvre. Le pardon de Kergoat » Le Télégramme, 14 aout 2008, ill., np
Cariou, A., Douarnenez et ses environs vus par les peintres, Coop Breizh, 2018, p.42, ill.
Delouche, D., Les peintres de la Bretagne, Paris, Editions Palantines, 2018, p.73, pp.74-75, ill.

Droits : Photo (C) RMN-Grand Palais / Mathieu Rabeau
Date : 1891

Did you like this? Share it!