Critiques des salons

À travers Champs

À travers Champs

Identifiant

P1887-2

Titre

À travers Champs

Technique

Huile sur toile

Signature

Signé et daté en bas à droite Jules Breton Courrières 1887

Dimensions

84 x 120 cm. (33 1/16 x 47 1/4 in.)

Localisation

The Brooklyn Museum, USA, acc. 35.867

Sujet

Œuvre en rapport (voir P1888-2 de ce catalogue)

Une pochade de souvenir d’après un effet de soleil couchant vu le 31 août 1886, semble être à l’origine retenu pour Á travers champs. Effet rayonnant à contre-jour repris, non dans l’étude (voir P1888-2 de ce catalogue) mais dans le dessin du 13 septembre et développé par la suite.

Le peintre travaille à l’œuvre de septembre à janvier parallèlement à une Glaneuse, à la correction des épreuves de la troisième édition de ses poèmes et à différents déplacements. Il lui consacre trente cinq jours (matins ou après midis). Catherine Bibi a servi de modèle pour le personnage principal et les silhouettes des autres figures.

Une certaine confusion – compréhensible d’après les critiques du Salon de 1887 – ayant fait changer les titres des deux tableaux présentés à celui-ci, lors de l’exposition d’Omaha en 1982, il nous semble important de préciser les raisons de la reprise définitive des titres originaux utilisés pour ce catalogue.

À travers champs a été entrepris sous le titre Récolte des pommes de terre. En cours d’élaboration, Breton l’intitule A travers champs, puis, alors qu’il y met les dernières touches, le 2 février, trouve La fin du travail mieux approprié au sujet. Entre temps, depuis le 27 décembre, une autre toile est ébauchée. Réalisée en vingt et un jours, tout au long du mois de février, elle est terminée le 3 mars. Dès le 5, les Breton se rendent à Montgeron, chez leur fille, Virginie, et Élodie indique dans son agenda : « […] nous avons apporté le tableau que Jules vient de terminer, dont on est enchanté. Il sera intitulé La Fin du travail et l’autre : À travers Champs. Les deux tableaux se font valoir l’un l’autre et Jules se décide à les exposer tous les deux […]»

 Si troublants que soient, en effet, les nombreux commentaires critiques semblant s’appliquer à ces tableaux intervertis dans leur titre – une erreur d’enregistrement a pu également être commise – il nous semble indispensable de garder les intitulés donnés par Jules Breton, puis qu’à aucun moment, dès le 5 mars, les œuvres ne sont mentionnées autrement, que ce soit par l’auteur, l’agenda de sa femme, ou les propriétaires respectifs (ici Knoedler qui achète À travers champs le 1er mai 1886.). Titres également retrouvés dans les ventes qui suivent et accompagnant, par ailleurs, certains travaux préparatoires.

À travers champs, sans doute une des peintures les plus romantiques de Breton, laisse éclater un véritable lyrisme, accru par les chardons éclaboussés de lumière qui semblent faire cortège aux femmes, après leur journée de travail.

Ce lyrisme, sorte de chant de la terre pour lequel la palette de l’artiste s’est faite plus intense que de coutume a séduit plus d’un critique à l’époque. Ainsi Charles de Beaulieu évoque-t-il « l’éternel Hosanna du ciel et de la terre » tandis que d’autres, comme Mantz et Firmin Javel, frappés par la science de Jules Breton à recréer l’atmosphère du couchant dans un paysage en y mêlant la figure humaine, grandissant ainsi la femme aux champs, sont séduits par une « exquise poésie ». Mais Javel ajoute que La Fenaison de Lhermitte, « […] pour être écrite en prose n’en a pas moins de caractère. Cela est du plus grand style […] ».

Depuis La paye des moissonneurs, la célébrité de Lhermitte ne cesse de croître et Jules Breton, au faîte de sa gloire, verra  petit à petit l’intérêt se tourner davantage vers cette génération d’artistes naturalistes de formation académique et dont le peintre champenois est particulièrement représentatif.

L’intensité de la lumière, le remarquable traitement avec lequel le peintre a rendu cet effet de soleil couchant à contre-jour témoigne d’une étude permanente du plein air. Toutefois les figures de femmes demeurent très  dessinées, modelées, dans leur beauté robuste et l’éloigne de l’Impressionnisme […]  

Source

Agenda Élodie, automne 1886, hiver et printemps 1887

Lettres de Knoedler à Jules Breton des 7 mars 1888 et 21 juin 1903

Lettre de Knoedler à Adrien Demont et Virgine Demont-Breton du 6 octobre 1919

Provenance

Bulla frères et Jouy, Paris
Knoedler & Cie, septembre 1887 (n°5902, acquis du précédent 65.000 frs) 
Latham A. Fish, New York, 6 février 1889 (aquis du précédent 18 000 dollars)
Par descendance, Albert R. Fish 
Knoedler & Co, New York, 19 novembre 1918 (no. C4953, en dépôt du précédent)
Edward Harkness, New York, 1919 (acquis du précédent 25 000 dollars)
Brooklyn Museum, 8 mars 1921 (don de Mrs Edward Harkness sous le titre À travers Champs)

Expositions

Paris, Salon, 1887, n°347

Jules Breton and the French Rural Tradition, Joslyn Art Museum, Omaha, Nebraska in association with The Arts Publisher, Inc., New York, 1982, Dixon Gallery and Gardens, Memphis, Tennessee, Sterling and Francine Clark Institute, Williamstown, Massachusetts, 1983, pp.97-99, n°43, ill.p.98 sous le titre erroné de La fin du travail 

Realists Representation III, painting in Japan, Tokyo, The National Museum of Modern Art, 1988 Kyoto, 1988-1989, n°59

Jules Breton (1827-1906), La Chanson des Blés, Arras, Musée des Beaux-Arts, 6 mars-2 juin 2002, Quimper, Musée des Beaux-Arts, 15 juin-8 septembre 2002, Dublin, National gallery, 25 septembre-15 décembre 2002, n°100, p.248, ill.p.213
Landscapes from the age of Impressionism, Brooklyn, Brooklyn Museum, 3 février -13 mai 2007
About Time : 700 years of European painting, Brooklyn, Brooklyn Museum, 3 octobre 2003 – 1 juillet 2008

Bibliographie

Mantz, P., « Le Salon, IV », Le Temps, 29 mai 1887
N.s., « Salon II », The Magazine of Art, 10, 1887, p.355
Lafenestre, « Le Salon de 1887 », Revue des deux mondes, 1er juin 1887, p.636
Leroi, P.,  « Salon de 1887 », L’Art, 1er juillet 1887, t.2, p.17
Vachon, M., Jules Breton, Paris, A.Lahure, 1899,  pp.92,145  .

Related Posts

None found

Droits : Gift of Mrs. Edward S. Harkness (Photo: Brooklyn Museum, 35.867_PS9.jpg)
Date : 1887

Did you like this? Share it!